Face aux problématiques liées à la pollution plastique, l'intérêt pour les alternatives comme les plastiques biodégradables ne cesse de grandir. Ces matériaux sont présentés comme une solution miracle, mais qu'en est-il réellement ? La France produit chaque année environ 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques, dont 60% sont des emballages. Les plastiques biodégradables représentent une option, mais leur utilisation soulève autant de questions que de réponses.
Comprendre les plastiques biodégradables
Les plastiques biodégradables sont des matériaux capables de se décomposer sous l'action de micro-organismes dans des conditions spécifiques. Ils transforment ces plastiques en eau, dioxyde de carbone et biomasse. Il est fondamental de distinguer les notions de biodégradabilité et de compostabilité : tout plastique compostable est biodégradable, mais l'inverse n'est pas automatiquement vrai.
Composition et types de plastiques biodégradables
Les plastiques biodégradables peuvent être composés de matières organiques d'origine végétale ou animale, mais aussi de ressources fossiles. Un point fréquemment mal compris est que la biodégradabilité dépend de la structure chimique du matériau et non de son origine. Ainsi, un plastique pétro-sourcé peut être biodégradable, tandis qu'un polymère biosourcé peut ne pas l'être. Parmi les types les plus répandus, on trouve le PLA (acide polylactique) fabriqué à partir d'amidon de maïs ou de sucre de canne. Ce polymère 100% biosourcé est biodégradable mais uniquement dans des conditions de compostage industriel. D'autres matériaux biodégradables sont issus de cellulose ou de légumineuses, transformés en polymères adaptés à diverses applications.
Applications actuelles dans l'industrie et la vie quotidienne
Les plastiques biodégradables sont présents depuis plus de 20 ans et représentent environ 1 million de tonnes par an au niveau mondial, soit 1% de la production totale de plastique. Leurs applications principales se concentrent dans plusieurs secteurs. Les sacs de supermarché constituent 38% de la consommation totale de ces matériaux, suite aux réglementations limitant l'usage des sacs plastiques traditionnels. Dans le secteur alimentaire, malgré des caractéristiques techniques parfois inférieures aux plastiques conventionnels, on trouve des barquettes, gobelets et couverts biodégradables. Les sacs poubelles biodégradables, notamment pour la collecte des déchets organiques, se développent aussi. La loi EGalim adoptée en 2018 prévoyait l'interdiction des produits non biodégradables à usage unique, renforçant l'intérêt pour ces alternatives dans la restauration rapide et la vente à emporter.
Les systèmes de collecte et traitement adaptés
La gestion des plastiques biodégradables nécessite des systèmes spécifiques pour assurer leur traitement optimal. Ces matériaux, bien que présentés comme alternatives aux plastiques conventionnels, requièrent une prise en charge particulière pour réaliser leur potentiel environnemental. En France, où 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques sont produits annuellement (dont 60% d'emballages), la mise en place de filières adaptées aux plastiques biodégradables représente un enjeu majeur.
Infrastructures nécessaires pour une gestion adéquate
Les plastiques biodégradables exigent des installations spécialisées pour leur traitement. Contrairement à l'idée reçue, ces matériaux ne se dégradent pas correctement dans la nature ou dans les systèmes de traitement classiques. Ils nécessitent des centres de compostage industriel avec des conditions contrôlées de température, d'humidité et de présence de micro-organismes spécifiques. Sans ces infrastructures, les plastiques dits « biodégradables » risquent de finir comme des déchets conventionnels, neutralisant leurs avantages potentiels.
La conformité à la norme NF EN 13432 guide les exigences techniques pour ces installations. Cette norme impose que 90% du matériau se biodégrade en moins de six mois et que 90% puisse passer à travers un tamis de 2 mm après trois mois de compostage. Pour répondre à ces critères, les centres de traitement doivent maintenir des conditions stables et surveiller plusieurs paramètres durant le processus. Actuellement, le nombre d'installations adaptées reste limité en France, ce qui constitue un frein à l'adoption généralisée des plastiques biodégradables.
Différences entre compostage domestique et industriel
La distinction entre compostage domestique et industriel est fondamentale pour comprendre le devenir des plastiques biodégradables. Le compostage industriel opère dans des conditions optimales : températures élevées (55-60°C), taux d'humidité contrôlé et présence massive de micro-organismes variés. Ces paramètres permettent une dégradation relativement rapide des matériaux certifiés.
À l'inverse, le compostage domestique se déroule à des températures plus basses (généralement inférieures à 40°C) et dans des conditions variables. Dans ces circonstances, la dégradation des plastiques biodégradables devient problématique – elle peut prendre plus d'un an, voire ne jamais s'accomplir totalement. Des labels comme « OKCompostHOME » identifient les rares matériaux adaptés au compostage domestique, mais la grande majorité des plastiques biodégradables disponibles sur le marché nécessite un traitement industriel.
Cette différence explique pourquoi de nombreux consommateurs sont déçus après avoir tenté de composter ces matériaux chez eux. Le PLA (acide polylactique), par exemple, bien que 100% biosourcé et théoriquement biodégradable, ne se dégrade correctement qu'en compostage industriel spécialisé – une filière pratiquement inexistante en France. Cette réalité souligne l'importance d'informer adéquatement les consommateurs et de développer des infrastructures adaptées pour valoriser ces matériaux.
Intégration dans l'économie circulaire
L'intégration des plastiques biodégradables dans l'économie circulaire représente un enjeu majeur face aux 3,5 millions de tonnes de déchets plastiques produits annuellement en France, dont 60% sont des emballages. Ces matériaux, apparus comme alternative aux plastiques conventionnels, suscitent autant d'espoir que de questions quant à leur place réelle dans un système économique visant à limiter le gaspillage des ressources. Constitués de matières organiques et/ou fossiles, ces plastiques peuvent se décomposer sous l'action de micro-organismes en eau, dioxyde de carbone et biomasse, mais uniquement dans des conditions spécifiques qui nécessitent un cadre adapté pour une gestion optimale.
Contribution aux objectifs de réduction des déchets plastiques
Les plastiques biodégradables participent à la réduction des déchets plastiques lorsqu'ils sont correctement intégrés dans les filières appropriées. Représentant environ 1% de la production mondiale de plastique avec un marché d'environ 1 million de tonnes par an, leur utilisation diminue la dépendance aux ressources fossiles et réduit potentiellement les volumes de déchets destinés à l'enfouissement ou à l'incinération. La norme européenne EN 13432 établit des critères précis pour garantir leur valorisation par compostage industriel : ces matériaux doivent atteindre 90% de biodégradabilité en moins de six mois et se désintégrer à 90% en trois mois (fragments inférieurs à 2 mm). Des labels comme OK Compost et Seedling certifient la conformité à ces standards, assurant aux consommateurs et aux industriels la fiabilité de ces solutions. Néanmoins, leur contribution reste limitée en l'absence d'infrastructures adaptées – la France ne dispose pas encore de réseau suffisant de compostage industriel capable de traiter le PLA (acide polylactique), un polymère 100% biosourcé et biodégradable qui finit donc généralement incinéré.
Synergies avec d'autres alternatives durables au plastique traditionnel
Les plastiques biodégradables fonctionnent de manière complémentaire avec d'autres approches de réduction des déchets plastiques. La vente en vrac, qui compte environ 1000 magasins en France dont une vingtaine à Lyon, permet aux consommateurs d'utiliser leurs propres contenants réutilisables, réduisant ainsi le besoin d'emballages à usage unique. Des initiatives comme la plateforme Abracada'vrac facilitent la localisation des produits disponibles sans emballage. En parallèle, le système de consigne pour réemploi connaît un renouveau après avoir été progressivement abandonné au profit du plastique jetable. À Lyon, Dabba déploie depuis juin 2020 un réseau de plats consignés avec 27 commerces partenaires, tandis que Revera (anciennement Rebooteille) collecte, lave et redistribue les bouteilles aux producteurs. La loi Anti-Gaspillage et Économie Circulaire (AGEC) soutient ces synergies en fixant une teneur minimale de matière biosourcée (60% d'ici 2025) pour les sacs plastiques et en obligeant les commerces à accepter les contenants des clients depuis le 1er janvier 2020. Cette approche multi-solutions s'avère nécessaire face à un constat préoccupant : les déchets issus de la vente à emporter représentent la moitié des emballages retrouvés dans l'environnement.





